Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

mardi 9 janvier 2018

Hommage à Cabu

Trois ans que cette folie s'est déroulée. J'ai appris cet événement dans des circonstances qui étaient elles-mêmes très éprouvantes, au retour de l'enterrement d'un ami, dans ces terres austères du Rouergue.

Le soir, dans cette ville du Languedoc, vomissant sa haine des musulmans, brandissant l'étendard du catholicisme qui n'aurait «jamais commis une telle barbarie», un tribun dont l'histoire oubliera le nom associait Charlie Hebdo à un engagement xénophobe avec le soutien de quelques pseudo intellectuels prompts à défendre une vision de la laïcité normative, assimilatrice, haineuse de toute différence.

J'y ai ainsi vu des gens que je connaissais pour leur racisme affirmé brandir des pancartes «Je suis Charlie», et chanter quelques instants plus tard une Marseillaise dont la nature hypernationaliste ne laissait aucun doute. J'ai quitté ce rassemblement avec un sentiment de profonde nausée. Le même tribun était présent le 11 janvier 2015 place de la République à Paris, dans cette messe d'Union nationale dans laquelle les meilleurs esprits étaient dans l'incapacité de comprendre ce qui se déroulait. La plupart ne l'ont toujours pas compris, et je lis toujours des sentiments de violence dans les propos lorsque certains essayistes ne veulent pas analyser ce que le terme de «catholiques zombies» signifie, expression utilisée par Emmanuel Todd pour définir les comportements inconscients qui se sont fait alors jour. 

Lorsque l'extrême droite reprend à son compte les thèmes critiques que la pensée des Lumières a élaborés pendant des décennies, sans nul doute une erreur de communication ou d'expression a été commise. C'est vraisemblablement dans cette ambiguïté que Charlie Hebdo a publié les fameuses caricatures, qui, à dire vrai, n'ont pas fait rire grand monde. Charlie Hebdo a évolué sous l'influence notamment de Philippe Val, ancien comique troupier versant dans la pensée très droitière, comme d'autres. D'anciens participants au journal des débuts étaient restés, par routine sans doute. Cabu en était. Cabu était dessinateur, non un penseur. C'était le père de Mano Solo, décédé du sida en 2010. Cabu ne fut pas un bon père, mais les deux hommes se réconcilièrent dans la tendresse dont ils étaient chacun porteurs, Mano avec la rage de dire combien la vie était putassière.

J'ai retrouvé ces dessins d'après Cabu dans un vieux carton du format un-quart raisin. Ils sont datés, bien sûr, et l'on y retrouve des disparus... Mon hommage à Cabu...

Celeos - Hommage à Cabu



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